“On découvre un compositeur de chair, de sentiments, dans toute sa pâte humaine”.Recension Puccini l’aimait

“Brigitte Hool ne juge pas, ne fait le procès ni de l’époque ni de ses personnages, mais la lecture ne laissera certainement personne indifférent.”

DE LA MUSIQUE À L’ÉCRITURE

Leur vie, c’est l’opéra, l’électro où la chanson française, à l’instar de Brigitte Hool, ils prennent la plume.

Au premier regard, bien sûr, on voit son sourire rayonnant. Et puis on écoute sa voix. Soprano. Une carrière remarquable pour une soliste romande. Mais Brigitte Hool est d’abord une bosseuse. Perfectionniste peut-être, en tout cas du genre à faire les choses à fond, jusqu’au bout. Une fois qu’elle a décidé de publier un premier roman, Puccini l’aimait, elle s’en est donné les moyens: «Je sentais que je devais le faire, j’ai trouvé le temps pour le faire», motive l’auteure, qui est aussi maman.

Pour elle qui se sent à la maison sur une scène, écrire sur l’opéra était la porte d’entrée idéale vers l’écriture. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas son premier essai: l’écriture s’est insinuée en elle depuis l’enfance. Elle a toujours été présente comme moyen d’expression, parallèlement à la musique. Elle a d’ailleurs terminé des études de lettres à l’Université de Neuchâtel avant de se consacrer entièrement au chant.

«J’avais envie de parler d’inspiration, de musique, d’art», explique Brigitte Hool. «Ce sont des sujets souvent vus comme élitistes, comme difficiles d’accès. Je voulais les aborder de manière très simple, très directe. La création est considérée comme quelque chose de sérieux. Mais je ne voulais pas d’un roman rébarbatif parce que son sujet est sérieux.»

Alors c’est dans la biographie de Giacomo Puccini, auteur d’immenses chefs-d’œuvre, La Bohème, Tosca, Madama Butterfly ou Turandot, que la romancière a trouvé une intrigue qui puisse porter une réflexion sur la création musicale.

Elle est entrée dans l’intimité du grand compositeur, l’accompagne dans sa relation à Elvira, «harpie» et épouse complètement hermétique à la musique, à Doria, femme de chambre peu cultivée mais naturellement sensible à l’art, à Cori, à Giulia, à ces amantes qui ont compté: de quoi dénouer les jeux de la passion et du désamour.

«J’aime les histoires d’amour»

Sous la plume de la romancière, on découvre un compositeur de chair, de sentiments, dans toute sa pâte humaine: le talent d’un compositeur n’est pas seulement une abstraction de l’esprit. L’art se taille aussi dans les méandres des relations, même dramatiques, mêmes peu glorieuses. «J’ai découvert que je connaissais intimement la vie de Puccini, par la pratique de ses airs sensuels, éblouissants et paroxysmiques», justifie Brigitte Hool. «En chantant Puccini, j’ai su que le personnage de Liù dans Turandot, c’était Doria. J’ai chaque fois aimé chanter Liù, cette femme qui transcende la souffrance. Butterfly a une douceur et une force à la fois, elle pardonne. J’ai toujours été fascinée par le caractère de ses héroïnes, si intenses et belles.»

Pour Brigitte Hool, «les parallèles» sont évidents: «J’en suis persuadée: il était vraiment touché par les femmes qu’il rencontrait. Ce n’était pas des amourettes. Et j’aime les histoires d’amour», avoue la soprano, qui accompagne Puccini là où on ne l’attendait pas, jusque dans ses choix malheureux. Jusqu’à ce renversement déconcertant tout à la fin du roman, qui couronne un suspense distillé subtilement tout au long des chapitres.

Tout est vraisemblable

Ce qui réussit aussi à ce premier roman, c’est qu’il place Puccini dans le contexte social de l’époque, où les mœurs plus ou moins légères d’un homme sont valorisées, d’autant qu’il est charismatique et connaît la gloire et une aisance financière, alors qu’une femme est soit mariée et s’y tient, soit libre, donc pas recommandable, donc nécessairement putain. Brigitte Hool ne juge pas, ne fait le procès ni de l’époque ni de ses personnages, mais la lecture ne laissera certainement personne indifférent.

D’autant plus que l’auteure est restée fidèle aux noms des personnes ayant réellement vécu dans l’entourage de Puccini et aux événements consignés par ses biographes. Les lieux, les dates ont été vérifiés. Ce qu’elle invente, c’est le ton des conversations, la couleur des ambiances, cette pâte humaine justement. «Tout est vraisemblable. Je n’ai pas écrit un roman historique, mais j’ai voulu un roman qui puisse être historiquement vrai.»

C’est dans la bouche de Doria que Brigitte Hool décrit l’abandon, le dépassement de soi qui donne tout son sens à la musique. L’employée de maison, qui n’a pas de formation musicale, écoute Puccini à son piano de manière intuitive: «Alors, je ferme les yeux, et c’est comme si je montais avec la musique, comme si j’aspirais à sa hauteur. Avec une joie, une gratitude, une douceur bouleversantes.»

Elisabeth Haas, La Liberté, sep. 2016

Brigitte Hool, Puccini l’aimait,
Ed. L’Age d’homme, 286 pp.